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La parole de l'enfant une vérité à plusieurs facettes : la vérité médico-psychologique (2/3)

Le 26 avril 2018

« Mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir », selon Albert Camus, la vérité est continuellement insaisissable. Mais de quelle vérité s'agit-il ?
Dans une information judiciaire qui se pratique de nos jours, apparaissent toutes sortes de vérités, et nous nous pencherons aujourd’hui sur celle qui touche à l’impact du milieu médico- psychologique sur l’évaluation du degré de crédibilité du sujet mis en cause.

« Socrate, comment vas-tu t'y prendre pour chercher une chose dont tu ne sais absolument pas ce qu'elle est ? Quels faits particuliers entre tant d'inconnus proposeras-tu à la recherche ? Et à supposer que tu tombes par hasard sur le bon, à quoi le reconnaîtras-tu puisque tu ne le connais pas ? »

Le concept de « recherche-vérité » de l’enquêteur, laisse poser cette question pertinente quand Platon en s’adressant à son Maitre, s’apparente parfaitement à la même situation engendrée par le juge face à l’expert.

L'expertise concernant la crédibilité d’un enfant, qu’il soit témoin ou victime, tient d’un véritable défi pour un expert en psychologie tenu de faire preuve de rigueur. Des instruments et des techniques à évaluer le degré de crédibilité rentrent dans un consensus quasiment établis à l’échelle internationale. En dépit de toute cette assurance, la commission des erreurs persiste encore.

La vérité en psychologie clinique se manifeste à travers l’expertise médico-psychologique d’un enfant victime où l’expert se prononce sur la vérité d’un sujet, cela signifie « la façon dont ce dernier va se situer par rapport à ce qui lui arrive, par rapport à la réalité des faits, en référence à son histoire, sa personnalité, son environnement » .

À aucun moment cette vérité n’est apparue dans sa totalité, mais l’expert peut en obtenir ou en décrypter une partie dont le contenu sera retransmis au magistrat. S’il est demandé par le juge de se prononcer sur la crédibilité des propos de l’enfant, l’expert doit évaluer aussi l’impact des faits sur le développement de son état psychologique.
À propos de l’agresseur, le but est de savoir aussi si celui-ci faisait un bon père de famille, un travailleur sérieux, un individu honnête admiré par son entourage ou bien un sujet ayant récidivé plusieurs fois.

Les magistrats n’ont jamais demandé au psychologue expert à connaitre si le suspect est crédible. Si l’on s’interroge, c’est parce qu’une réponse positive provoquerait bien de sérieuses incommodités chez ce suspect, surtout s’il nie les faits. Alors qu’il n'y a pas lieu d’ignorer que l’analyse psychologique concerne le plus souvent la victime, il est tout à fait édifiant de remarquer qu’au regard de la gravité de l’infraction commise, son auteur peut être lui aussi soumis aux mêmes questionnements que la personne qui prétend être victime.

Ce qui interpelle ici à propos de la victime, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adolescent ayant fait objet d’abus sexuels ou de violence d’adultes ou de proches, est de connaitre également si la victime est capable de verser dans la falsification, la fabulation ou si on a affaire à un mythomane ou une victime sérieuse et traumatisée. La question se pose. La victime peut-elle être capable d’affabulation quand l’expert se trouve confronté à la question ? Il y a lieu de préciser que la notion de crédibilité est en soit floue et ne peut s’apprécier ou se quantifier par aucune unité de mesure. En effet, le rapport de l’expert repose-t-il sur la crédibilité d’une personne ou de son récit ? La question reste toujours posée.

Dans le monde de la justice, la crédibilité de la parole de l’enfant est en rapport restreint avec la question de son langage lié à la vérité. Pourtant, on est tenté d’avancer que le mensonge peut ne pas être le contraire de la vérité mais plutôt son paradoxe. La crédibilité peut se décoder dans le mensonge alors qu’elle ne peut se faire dans la vérité. En accusant à tort un adulte de l’avoir abusé sexuellement, l’enfant peut-il être se taxer d’affabulateur ? La notion de secret porte toute sa dimension s’agissant d’abus sexuel surtout quand l’inceste de la mère ou du père intervient comme dans l’affaire Outreau.

Si les enquêteurs et les juges ont le pouvoir d’interroger le mineur, les psychologues et les psychiatres ne sont pas tenus de le faire. L’objectif de ces derniers n’est pas d’établir la vérité sur les faits, mais d’informer le juge si les déclarations de l’enfant peuvent être des éléments fiables. En recevant l’enfant, ils vont s’atteler à analyser son authenticité et sa fiabilité. Les faits ne seront abordés que s’ils s’avèrent être de nécessité.

L’expert doit éviter de mettre l’enfant sous pression et ne pas assister pour que l’enfant rapporte absolument la vérité. Il doit mettre à l’aise l’enfant et lui inspirer confiance jusqu’à le déculpabiliser s’il le faut pour éviter qu’il ne travestisse les faits et protège l’adulte responsable. Il faut que l’expert puisse contrôler ses émotions sans manifester aucune trace de surprise et de dégout.

Dans le monde de la justice comme dans d’autres domaines, le crédible débouche sur le vrai. L’expertise fait une construction de vérité quand le discours judiciaire en fait un usage.

La conjugaison et l’addition de plusieurs versions différentes à la recherche de la vérité peuvent-elles aboutir sur une seule vérité? Comment identifier alors la vraie nature de cette vérité? Est-elle judiciaire, expertale ou de caractère hybride ?

La rédaction du cabinet

1 - Platon, « Ménon », in OEuvres complètes, tome I, Ed. Gallimard, Paris, 1940, p.853
2 - P. Félician, Les sommets de la vérité, in Conviction intime et abus sexuel, Cahiers de la S.F.P.L., 1998, n°3, p. 49

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